" … j'ai grand plaisir à vous présenter ... ses poèmes dont la rareté n'ont d'alibi que l'extrême ciselage d'orfèvrerie qui les caractérise. L'intériorisation perpétuelle des images et des bruits du Monde est la marque de conception des poèmes de Marie-Ange ... Dans l'écriture, ... un univers d'émotions et d'impressions esthétiques y bourgeonne comme un jardin japonais réveillé par son chant fougueux de pétales. " Marie-Thérèse Peyrin, La cause des causeuses, album consacré

A bleu nommé
, exposition réalisée à l'occasion de la 18ème Fête du livre de Bron, mars 2004, par l'Association Poésie-Rencontres et la médiathèque Jean Prévost (maîtres d'oeuvre : Mohammed El Amraoui et Geneviève Vidal).



De grands oiseaux marins
ont prévu d'atterrir sur des rivages clairs avec leur lot de nouvelles du monde

Leurs ailes
sont noircies des cendres des dernières forêts
Leurs pattes
serrent la glace de la dérive des saisons
Leurs cris
annoncent le rougeoiement des volcans réveillés

Mais pourront-ils vraiment décolorer
ces mers intérieures
où naviguent les rameurs du soleil ?
Reflets marins, Monique Pietri  
   
Des peintres et des poètes, exposition pour les 20 ans de Poésie-Rencontres, Lyon, Maison des arts plastiques Rhône-Alpes, 29 mars-8 avril 2000. Des peintres et des poètes, éditions Poésie Rencontres, Lyon, 2001.


Souvent je tentais de redresser les méandres,
d'élargir les défilés, de faire de ce passage une
belle ligne droite entre des vignes bleues.

Mais ne fallait-il pas d'abord s'entendre avec la falaise, abandonner un instant la vallée pour s'engouffrer
dans l'étroite cheminée, escalader tous les vertiges
jusqu'aux confins de gris,

établir bientôt un nouveau cadastre, mesurer de très haut
des parcelles discrètes, de longues propriétés littorales,
les audacieux aplats des champs inondés, les écarts
qui n'échappent jamais au feu ?

Sans mentir, je pouvais encore évaluer le périmètre
du patchwork des rêves, déceler leurs accolades
et leurs brouilles,

me détourner longtemps aussi de ce territoire
morcelé en remplaçant tous les murs mitoyens
par des lignes de fuites.

Pourtant, malgré la faille, le bleu toujours,
s'instaurait, me rattrapait.




Jacques POUCHAIN

Quand la mer peint, KALLISTE, la Corse plein sud - n° 8, hiver 2003. Texte de Marie-Ange Sebasti et photographies de Monique Pietri. 120 avenue des Champs-Elysées, 75008 Paris


photographie de Monique Pietri
Quand la mer décide de peindre,
elle s'approche des rivages avec ses cargos de tubes de couleurs, de couteaux et brosses.
Elle se rapproche des hommes. Son chevalet n'est jamais planté loin des plages et des fenêtres.
Elle aime visiter, avant de préparer ses toiles,
les ports qu'ils ont construits pour elle.
Elle s'apprête à leur faire savoir qu'elle ne se contente pas, pour les séduire, de l'outremer et de la palette des grands fonds, du plomb des nuages, du noir des tempêtes, du sang et or des armoiries du soir. Elle n'a pas hésité à entreprendre des voyages insensés, insoupçonnés, pour apporter la terre de Sienne brûlée, le rouge indien, le bleu de Prusse
...
Mais elle ne dit pas tout, et il faut bien s'interroger sur ses silences. Saura-t-on jamais le nombre de barques, de navires, de façades dont elle vole, en leur demandant de poser, la lumineuse patience, et qu'elle fait chavirer pour mieux broyer ses couleurs ? Parfois, avant d'apposer sa signature, le remords la saisit et elle représente discrètement leur ombre fugace.
Un regard peut alors la surprendre, même si elle indique déjà sa ligne de fuite, quand elle peint.

photographie de Monique Pietri

photographie de Monique Pietri